Tanger ? C’est à deux jours de Marseille, en bateau; charmante traversée, qui vous fait longer la côte d’Espagne. Et s’il s’agit pour vous
d’échapper aux poursuites, ou de vous échapper à vous-même, alors pas d’hésitations, venez ici. Couronné de collines, tourné face à la mer, ce promontoire
haut et blanc, qui semble se faire une traîne de toute la côte africaine, est une ville internationale au climat excellent, huit mois sur douze ; en gros, de mars
à novembre. Des plages magnifiques ; des étendues vraiment peu ordinaires de sable doux comme du sucre en poudre, et de brisants. Et - si vous avez du
goût pour ce genre de choses - la vie nocturne, bien que ni particulièrement innocente ni spécialement variée, dure du crépuscule à l’aube. Ce qui,
lorsqu’on réfléchit que la plupart des gens font la sieste tout l’après-midi, n’est pas trop anormal. Pour le reste, presque tout, à Tanger, est anormal et avant
de partir, il vous faudra veiller à trois choses : vous faire vacciner contre la typhoïde, retirer toutes vos économies de la banque, dire adieu à vos amis. Dieu
sait si vous les reverrez jamais. Je parle sérieusement. Le nombre est alarmant, ici, des voyageurs qui ont débarqué pour un bref congé ; puis s’y sont établis;
puis, ont laissé passer les années. Car Tanger est une rade, et qui vous enserre ; un lieu à l’abri du temps. Les jours glissent le long de vous, sans que vous les
aperceviez plus que les gouttes d’écume sur une cascade. C’est ainsi, j’imagine, que passe le temps dans un monastère : sans se faire remarquer, d’un pied
chaussé de pantoufle. D’ailleurs, ces deux institutions que sont Tanger et un monastère ont un autre point commun : le fait de se suffire à soi-même.
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